—Quoi donc?
—Comme je venais de faire revenir La Rose à lui et que je regardais autour de moi pour chercher du secours et voir où pouvait être le marquis de Vilers, un ricanement satanique retentit au-dessus de ma tête. Je levai les yeux; un être fantastique gambadait sur le rempart... C'était exactement un de ces bonshommes de bois que les Allemands font à Nuremberg, tête monstrueuse, jambes immenses se rattachant à un torse exigu, duquel pendaient deux bras démesurés... On eût dit un faucheux gigantesque...
—Et qu'était-ce que cela?
—Le sais-je? En me voyant lever les yeux vers lui, l'être étrange sauta du rempart à terre et disparut... Ma parole, j'ai cru une minute que c'était le diable qui, pour nous entraîner dans le gouffre, avait pris la figure du marquis de Vilers, et qui, voyant que nous étions sauvés, s'enfonçait maintenant dans son royaume infernal.
—C'est étrange en effet, dit le marquis intrigué, car enfin tu es bien certain d'avoir vu Vilers?
—Vu et touché, mon colonel, et il en a touché d'autres; les muets du vieux comte en savent quelque chose...
—Mais comment cette écluse s'est-elle trouvée ouverte si à propos?
—Voilà encore ce que j'ignore... Ce qui est plus clair, malheureusement, c'est que La Rose, le Normand et moi, nous avons tiré l'épée contre nos officiers et qu'ils vont probablement nous en faire supporter les conséquences...
L'oeil du marquis eut un éclair.
—Qu'ils ne s'y hasardent pas! s'écria le brave colonel. J'aurais un compte terrible, moi aussi, à demander à MM. de Lavenay, de Lacy et de Maurevailles!... Et d'abord, il leur faudrait me dire ce qu'ils allaient faire dans ces souterrains où vous les avez rencontrés!... Va, mon enfant; toi et tes amis, vous n'avez rien à craindre...