Si le colonel de Langevin ne dormit pas cette nuit-là, le magnat ne sommeilla pas davantage.
Une question le préoccupait avant toute chose: il lui fallait savoir, tout de suite, comment les Hommes Rouges et les gardes-françaises avaient pu pénétrer dans les passages secrets du château.
Il fit immédiatement appeler par le traban, son intendant, tout le personnel du château afin de commencer une enquête.
Les muets défilèrent un à un devant lui, mais tous donnèrent les plus grands signes d'étonnement et, soit par gestes, soit en écrivant, jurèrent qu'ils n'avaient ouvert à personne.
Et vraiment ils avaient suivi à la lettre les ordres du magnat et ignoraient comment les officiers qu'ils avaient vus quitter le château en tenue de gala s'y retrouvaient un quart-d'heure plus tard en manteau rouge.
Un seul homme eût pu donner une explication, c'était le nain. Mais naturellement il s'en garda bien et nia encore plus énergiquement que les autres.
L'enquête semblait donc ne devoir donner aucun résultat, lorsqu'un des muets allégua un détail qui surprit vivement le magnat.
Il avait écrit sur une ardoise:
—Comment aurait-on pu ouvrir, puisque le saut-de-loup était plein d'eau?
Or, l'intendant avait constaté lui-même, dans la journée, que tous les fossés du château étaient presque à sec.