—Cela, je ne puis le nier... J'étais parmi les gens qui ont pris part à la lutte.
—Je le sais, et c'est pour cela que je vous en demande la raison.
—Elle est facile à donner, dit Lavenay, en mettant le poing sur la garde de son épée qu'on ne lui avait point enlevée, puisque c'était une simple enquête que faisait le marquis de Langevin.
—Parlez alors.
—Si vous ne m'aviez fait mander, Messieurs, commença Gaston de Lavenay avec assurance, j'aurais de moi-même provoqué cette enquête, afin de savoir si la vie de trois officiers du roi est en sûreté dans les régiments où ils sont censés commander et dans les lieux d'étape où on les fait séjourner...
—Que voulez-vous dire?
—Que tandis que nous assistions à une fête où tout était prodigué pour nous inspirer la confiance, un piège nous était tendu; que tandis que nous nous réjouissions, confiants en la loyauté de notre hôte, celui-ci, armant ses spadassins, soudoyant en même temps des soldats de notre régiment, essayait de nous attirer dans un guet-apens, d'où, grâce à Dieu et à notre épée, nous avons pu sortir, non sans peine, il faut le reconnaître.
Tant d'assurance stupéfiait le colonel. Il reprit cependant:
—Expliquez-vous plus clairement, monsieur de Lavenay, et veuillez raconter les faits tels qu'ils se sont passés.
—Nous sortions de la fête, Maurevailles, Lacy et moi, émerveillés de la miraculeuse beauté des deux filles du grand seigneur hongrois qui s'était si amicalement institué notre hôte, quand un muet s'est approché de nous et, nous désignant les deux jeunes femmes, nous a fait signe de vouloir bien le suivre. Vous jugez de notre étonnement, mon colonel? Mais, chez les capitaines aux gardes, l'obéissance aux dames est de tradition. Nous suivîmes l'homme.