Je viens au contraire à vous, le coeur franc, les mains ouvertes. J'ai beaucoup réfléchi à ma conduite passée. Il y a dans ma vie une ombre, une tache... J'ai failli à un serment librement prêté, j'ai trahi mes amis. Cette tache empêche mon bonheur. Je veux la faire disparaître.

—Des remords? murmura ironiquement Lavenay.

—Des remords, comme tu dis, chevalier. Si ton épée m'avait ôté la vie, ma punition eût été juste. Mais si Dieu m'a laissé en ce monde, c'est qu'il a voulu me donner le temps de réparer ma félonie.

Nous nous étions confiés au sort... Un des quatre billets avait été tiré. Sur ce billet, il y avait un nom... et, vous vous en doutez, ce nom n'était pas le mien.

—Quel était-il?

—Qu'importe? A quoi bon affliger celui que le sort avait favorisé?... J'ai mal agi, vous dis-je. Ma seule excuse, c'est l'amour... J'aime Haydée de toutes les forces de mon âme... Elle aussi m'aime.

La voix du marquis s'était altérée, mais il fit un effort et poursuivit:

—Écoutez... Ah! c'est horrible, le sacrifice que je fais... Sachez m'en gré... Je vous ai trahis, pardonnez-moi. J'expie en cet instant quatre années de bonheur; mais je reprends mon honneur de gentilhomme.

Voulez-vous, comme moi, rayer de votre mémoire ces quatre années? Nous allons de nouveau refaire les billets. Si le sort me désigne, vous n'aurez plus rien à me reprocher. S'il ne me désigne pas...

Il hésita de nouveau, et reprit d'une voix sourde: