—Eh bien! dit-il, vous avez entendu ma proposition. Êtes-vous prêts à y satisfaire?

Maurevailles et Lavenay hésitèrent à répondre. Marc de Lacy murmura:

—N'y aurait-il pas moyen d'annuler ce fatal serment?

—Non! s'écria Vilers, c'est une réhabilitation que je suis venu chercher... c'est ma réhabilitation que j'exige... Assez longtemps je vous ai laissé le droit de me donner le nom de traître, assez longtemps j'ai dû courber la tête sous mon parjure... Je veux porter le front haut, Messieurs, dussé-je payer de ma vie ce retour à la loyauté!... Écris les billets, Lavenay!... Je le veux; écris-les tout de suite. Il faut que le hasard, aujourd'hui comme autrefois, décide de mon sort. J'étais venu ici pour revoir Haydée. Si le destin m'est défavorable, je partirai sans l'avoir vue. Pour elle je suis mort... Mort je resterai. Lavenay, écris vite!

Maurevailles déchira quelques pages de ses tablettes, et passa le papier et le crayon à Lavenay.

Celui-ci se mit à faire les quatre billets et les plia minutieusement.

Mais, au moment de les jeter dans le chapeau, qui devait, comme à Fraülen, servir d'urne, Lavenay se ravisa:

—Un instant, dit-il, mes amis. Moi aussi, j'ai des scrupules...

Lorsque nous avons échangé notre fatal serment, nous avons bien légèrement disposé de la femme que tous quatre nous aimions. Il fallait que le bonheur de l'un causât le malheur des trois autres: donc, rien de plus juste que de laisser en cela le choix au hasard... Mais, avions-nous le droit de condamner du même coup celle dont nous avions fait l'enjeu de notre loterie?

—Certes, tu as raison, observa Maurevailles, il eût été plus rationnel de chercher chacun isolément à plaire à la comtesse Haydée, puis de nous unir en bons et loyaux amis pour aider celui qui aurait eu le bonheur d'être aimé d'elle. Malheureusement il n'en a pas été ainsi. A quoi bon revenir sur ce sujet? Ce qui est fait est fait...