L'OISEAU DU NAIN
La diane sonnait. Un long frémissement parcourait le camp qui s'éveillait. D'un bout à l'autre du parc, les gardes-françaises, habillés à la hâte, empaquetaient au plus vite leurs effets, pliaient leurs tentes, rebouclaient leurs sacs... Il fallait partir...
Dans le château que venaient de quitter M. de Langevin et son état-major, le silence régnait. On se reposait des émotions et des fatigues des jours passés.
Seul, le nain ne dormait pas. Entr'ouvrant avec mille précautions la porte du réduit où il était relégué, il se glissa mystérieusement dans les couloirs. Il allait, assourdissant le bruit de ses pas, s'arrêtant à chaque minute pour écouter; un sourire narquois fendait sa large bouche.
Il marcha ainsi jusqu'à l'office où il s'empara d'un pain et d'une cruche qu'il remplit d'eau.
—Frugal repas, murmura-t-il avec un rire muet.
Il reprit sa route à travers les corridors déserts.
Arrivé à l'aile où la veille Maurevailles avait cherché en vain la salle bardée de fer, il posa son pain et sa cruche et s'orienta. Puis il se mit à examiner, avec un soin scrupuleux, les boiseries des portes.
A la troisième porte, il s'arrêta en ayant l'air satisfait de lui-même.
—Voilà mon affaire, murmura-t-il, je trouve tout, moi, tout. Si l'Homme Rouge avait, comme moi, pris la précaution de faire une entaille à la boiserie en sortant, il ne se serait pas donné tant de mal pour ne rien trouver...