—Diable! serait-il mort?... C'est cela qui me chiffonnerait!... Je ne suis pas méchant, moi. Je voudrais lui laisser le temps de s'amuser un brin. Eh! monseigneur, monseigneur, dormez-vous?

La voix rauque du magnat s'éleva, furieuse:

—Qui m'appelle?... Ah! c'est toi, bandit, scélérat, misérable!...

—Bon, dit le nain, je vois que vous avez encore la force de crier. C'est bon signe!...

—Infâme, brigand, lâche, traître!...

—Allez, allez, déchargez votre colère, cela soulage. Tenez, moi, quand j'étais obligé de faire le muet, rien ne me remettait comme d'aller crier dans les coins.

—Je te ferai pendre!...

—Ça, vous l'avez déjà dit, c'est monotone. Il ne faudrait pas vous répéter... Et puis, voyez-vous, monseigneur, vous êtes injuste. Moi qui vous apportais la pâtée! Car enfin, depuis que vous êtes là, vous devez avoir faim?

Un sourd grognement lui répondit.

Quelle que fût la fureur du magnat, pris au piège comme un fauve et obligé de subir les insultes d'un valet, la tentation physique dominait le sentiment moral. La bête maîtrisait l'esprit... La faim domptait l'orgueil.