Puis prenant un ton confidentiel:

—Et puis, voulez-vous que je vous dise la vérité? Il y a longtemps que j'ai besoin de tourmenter quelqu'un. Les hommes sont comme ça. Depuis que je suis au monde, on m'a traité comme un chien, parce que je suis petit, parce que je suis laid, parce que je suis pauvre. Eh bien, je prends ma revanche... Je n'ai que vous pour cela. Tant pis, je vous garde!...

—Ah! misérable bandit! rugit le comte.

—Encore? Ah! ma foi, allez, ne vous gênez pas. Je n'ai rien à craindre de vous. Comme vous l'avez dit, la cage est solide, on s'userait les doigts avant d'attaquer ses murs de fer poli... Menacez à votre aise, je suis bon prince, je vous donnerai la réplique.

—Ne chante pas tant victoire. On s'apercevra de mon absence à la longue et on viendra me chercher!...

—Soyez tranquille, on s'en est déjà aperçu, et on vous a cherché partout. Mais c'est de bon ouvrage, votre mécanique; on n'a rien découvert. On s'est dit que vous étiez peut-être parti et on ne s'occupe plus de vous!...

—Mais le marquis de Langevin, mon hôte...

—Le marquis, il a cherché aussi, il n'a rien trouvé. Ce n'est pas comme moi, je trouve tout. Car, il faut que je vous raconte cela pour égayer votre captivité, c'est moi qui ai ouvert à M. de Maurevailles le passage secret pour aller enlever la marquise; c'est moi qui l'ai encore ouvert pour la seconde expédition, où vos vrais muets ont été si bien étrillés. C'est moi enfin qui ai levé l'écluse et provoqué le courant qui a sauvé le marquis de Vilers et le caporal Tony... Eh! eh! eh! n'est-ce pas que je travaille bien, quand je m'y mets?...

Le magnat écumait de rage.

—Là, là, ne vous mangez pas le sang comme cela!... conseilla paternellement le nain, vous allez vous faire du mal. J'en ai bien d'autres à vous apprendre. Vous allez voir. Et tenez, d'abord, entendez-vous?