Tout le monde était prêt. On partit doucement, chacun des faux paysans portant son sac dans lequel était un homme, muni des armes et de celles de sa monture... nous voulons dire: de son compagnon.

Arrivé à quelques pas de la poterne, du Clos commanda halte.

—Ainsi, c'est bien entendu, dit-il à demi-voix. Une fois entrés, vous posez les sacs. Au signal que je donnerai, chaque pomme de terre, d'un coup de sabre, fend la toile et se dresse, les porteurs ramassent leurs armes, et nous nous élançons tous sur la garnison, Ceux qui résistent, à mort; les autres, prisonniers!

Puis, s'avançant seul, du Clos alla frapper à la poterne.

Wer ist da, (qui est là?) demanda une voix de femme.

Ich, liebe (moi, ma chère), répondit du Clos.

C'était Lisbeth, qui, ayant reconnu de loin le faux paysan, avait accompagné l'intendant du burg jusqu'à la poterne.

Néanmoins, comme elle n'avait aucun intérêt à livrer son amant, ce qui l'eût perdue elle-même, tout se passa comme le jeune officier l'avait prévu.

Lisbeth s'étonna bien un peu de la présence de cinq témoins à une visite qu'elle prenait pour un rendez-vous d'amour; mais elle crut comprendre que c'était pour mieux jouer son rôle que du Clos les avait amenés.

—Entrez, dit l'intendant.