—C'est vrai et je le regrette; mais tu me reviendras; au train dont tu marches, je puis te promettre la première lieutenance libre chez nous, et, sois tranquille, les Impériaux se chargeront de te faire une vacance...

—Ah! si mame Toinon me voyait!...

A ce moment un grand bruit se fit à la porte de la salle. Les officiers qui entouraient Tony en le félicitant furent violemment écartés. Une femme entrant comme la foudre, en bousculant tout, alla se pendre au cou de Tony qu'elle embrassa bruyamment.

Cet ouragan en jupons, avons-nous besoin de le dire, c'était la pétulante mame Toinon.

Depuis le départ du régiment, la jolie costumière ne vivait plus... Elle pensait à Tony, son petit Tony qui allait se battre tous les jours et qu'elle avait peur de ne plus revoir.

Où était-il? Que disait-il? Que faisait-il? Pensait-il encore à elle? Hélas!...

Sa rue des Jeux-Neufs, qu'elle aimait tant, lui semblait triste à mourir: Tony ne l'habitait plus! Sa boutique si gaie, lui paraissait une prison. Tony n'y était plus.

—Bref, dit-elle en racontant cela, je n'ai fait ni une ni deux. Je suis allée prendre langue à l'hôtel de Vilers...

—A l'hôtel de Vilers?... interrompit Tony, qui, pendant le flux des paroles de sa mère adoptive, n'avait pas trouvé moyen de placer un mot. Et que se passe-t-il à l'hôtel de Vilers?

—J'y suis arrivée juste au moment où madame Nicolo et sa fille amenaient cette pauvre demoiselle, la soeur de la marquise, qui a perdu la raison... Pauvre enfant! En voilà un grand malheur!... Mais que veux-tu? ce qu'il me fallait, c'était de tes nouvelles. J'en ai eu... et des bonnes... Ces dames allaient repartir pour l'armée; il y avait une place dans le carrosse... Ah! ma foi, tant pis, j'ai dit adieu au quartier Montmartre et me voilà!...