IV

LA POURSUITE

Pendant la marche du corps d'armée, tout le long de la route, Lavenay, Lacy et Maurevailles s'étaient enquis de ce que pouvait être devenu Vilers.

Il était parti en disant qu'il allait sa faire tuer. Avait-il tenu sa sinistre promesse?

Dès les premières étapes, ils purent constater qu'il se dirigeait bien vers la frontière, car à chaque endroit ils retrouvaient les traces de son passage.

—Oui, leur disaient les paysans, les hôteliers, les gardes qu'ils consultaient tour à tour, oui, nous avons vu passer un officier des gardes-françaises. Il semblait même fort pressé, car il se renseignait sur toutes les distances et sur l'état des chemins, afin, disait-il, de pouvoir doubler les étapes.

Vilers marchait donc à la mort à toute vitesse.

Malgré eux, ses amis ne pouvaient s'empêcher de le plaindre. Si bon, si brave, renoncer à une femme adorée et chercher la mort dans les rangs ennemis...

Ah! n'eût été leur serment, ce serment affreux et solennel, prononcé devant Fraülen et renouvelé à Blérancourt après tant d'événements terribles!... Sans ce serment qu'ils ne voulaient pas violer, eux, ils eussent couru après Vilers pour lui dire:

—Ne te sacrifie pas. Reste avec nous, qui sommes tes amis, comme autrefois.