Deux cris retentirent: un cri de joie que ne put retenir Vilers, un cri de triomphe poussé par la marquise.
Une seconde après, le mari et l'épouse étaient dans les bras l'un de l'autre, pleurant et riant à la fois.
Il leur semblait qu'ils échangeaient le premier aveu, qu'ils se donnaient le premier baiser, que le passé n'avait jamais existé.
Quant à l'avenir, est-ce qu'ils pouvaient y songer à l'heure où après tant d'événements si terribles, le présent était si doux!
La voix de maître Gatinais, l'aubergiste, les ramena à la réalité.
Où étaient-ils? Dans un vulgaire cabaret de village, à mi-chemin de Paris et des Pays-Bas, de Paris que fuyait Vilers, des Pays-Bas où il s'était engagé à mourir.
—Vite, le dîner du capitaine! criait à sa servante maître Gatinais dont le vaste dos était encadré par la porte.
—Vous le servirez dans ma chambre, dit Vilers.
L'aubergiste se retourna et se confondit en salutations à la vue de la marquise.
—Comme vous voudrez, mon capitaine, fit-il. Et j'espère que madame la capitaine sera contente. La chambre bleue, où je vais vous mettre, est bien ce qu'il y a de mieux dans le pays. Tous les meubles proviennent de la vente de notre défunt bailli. Il n'y a pas plus beau dans la capitale.