Marne Toinon, au désespoir, allait appeler au secours, au risque d'attirer l'attention des Impériaux et de faire prendre Tony comme prisonnier de guerre, quand un bruit léger attira son attention.

A quelques pas d'elle, un homme marchait avec mille précautions, se baissant de temps à autre comme pour examiner les cadavres, puis mettant la main à ses poches.

Mame Toinon vit immédiatement à qui elle avait affaire.

L'homme qui arrivait ainsi était un de ces corbeaux, comme on les appelait, qui suivaient les armées pour dévaliser les morts sur les champs de bataille. On avait beau les arrêter, les fustiger même, rien n'y faisait. L'âpreté du gain en ramenait toujours de véritables essaims.

Dans la situation terrible où elle se trouvait, mame Toinon n'avait rien à craindre. —Hé! l'ami!... cria-t-elle. L'homme eut un soubresaut et s'apprêta à prendre la fuite.

Mais, s'apercevant qu'il n'avait affaire qu'à une femme, il se rassura.

—Mon ami, dit mame Toinon, vous faites un vilain métier qui vous rapporte peu. Voulez-vous faire une bonne action qui vous vaudra trois louis?

—De quoi s'agit-il? demanda l'homme tout à fait remis de son effroi.

—Il n'y a ici, répondit mame Toinon, que des soldats qui n'ont pas de grands trésors dans leurs poches; laissez-les et aidez-moi à porter jusque dans la ville un jeune officier blessé.

—Volontiers!...