—Votre soldat est fortement avarié, dit-il avec une grimace non équivoque, mais le coffre est solide et à cet âge-là il y a toujours de la ressource...
—Alors, monsieur, vous espérez...? demanda mame Toinon palpitante d'émotion.
—Je n'espère rien, sacrebleu! dit le médecin qui appartenait à la classe des bourrus bienfaisants, je vous dis que nous verrons et rien de plus. Il y a pas mal de déchirures dans la peau de ce garçon. Mais jusqu'à présent rien de cassé. Si l'intérieur n'est pas plus détérioré que l'extérieur... Enfin dans quelques jours je vous rendrai réponse... En attendant, soignons-le...
Ce fut tout ce qu'elle put savoir, mais c'était déjà beaucoup. Elle s'installa près du lit de Tony, se promettant de ne plus le quitter qu'il ne fût hors de danger.
Quelques jours se passèrent. Chaque matin le médecin venait et hochait la tête d'un air satisfait. Se méprenant, comme l'autre, sur la nature de l'affection qui liait mame Toinon à Tony, il murmurait:
—On vous le tirera d'affaire, votre chéri. Allons! du temps et de la patience, voilà les grands remèdes qui valent mieux que tout.
De la patience, elle n'en manquait pas, la bonne et charmante femme. Certes, elle ne s'impatientait pas au chevet de Tony. N'était-ce pas pour lui, pour le revoir, pour être auprès de lui qu'elle avait quitté Paris, ses affaires, son magasin, tout?
Auprès du malade, dans les longues heures, elle songeait; et, malgré elle, les paroles des deux médecins lui revenaient à l'idée.
—Est-ce votre mari, votre amant? avait demandé l'un.
—On vous le sauvera, votre chéri!.. s'était écrié l'autre.