—Vous avez eu raison, mes amis, dit le baron. Parlez. De quoi s'agit-il?
—Eh bien, donc, reprit la Rose, nous avons une prière à vous adresser. Vous avez probablement entendu parler d'un jeune officier qui conduisait les vingt hommes sur la brèche, le jour de l'explosion...
—Le cornette Tony?...
—Oui, monsieur le baron, un brave et digne jeune homme, engagé depuis six mois à peine et qui pouvait aspirer au plus bel avenir...
—Au plus bel avenir..., répéta le Normand.
—Nous l'aimions tous...
—C'est lui qui m'a crevé la gorge, chuchota Pivoine en passant sa grosse main sur ses yeux humides de larmes; mais je ne lui en voulais pas; au contraire, c'est pour cela que je l'aimais... quel joli tireur cela eût fait!... Ah! je voudrais qu'il fût là, quand même ce serait pour me flanquer encore un coup de pointe!...
—Tony a été l'ami du marquis de Vilers, reprit La Rose. Je puis même dire qu'il lui a rendu de grands services. Enfin ils sont morts ensemble.
—Je vous entends, mes enfants, dit le baron d'une voix émue, vous venez me demander de comprendre Tony dans les prières qu'on va dire pour le marquis de Vilers... Non seulement j'y consens de grand coeur, mais encore je vous remercie de m'y avoir fait penser, car c'est justice. Oui, allez dire à vos camarades que les noms du capitaine de Vilers et du cornette Tony seront unis, dans la cérémonie qui se prépare, comme eux-mêmes ont été unis dans la vie et dans la mort. Bien plus, on pensera dans les prières à tous ceux qui ont péri avec eux et qui n'ont ici ni ami, ni frère pour les représenter...
—Ah! merci, merci, monsieur le baron, s'écria La Rose; toute l'armée vous bénira!... Je ne suis qu'un pauvre soldat, mais si vous avez besoin de la vie d'un homme...