Enfin, tout honteux de la place d'honneur qu'il occupait, Ladrange, le soldat qui avait eu le poignet cassé à la prise du château du margrave, et qui avait gagné les galons de brigadier en même temps que Tony conquérait l'écharpe; Briançon, le sergent qui, seul, avait survécu à l'explosion d'Anvers; Pivoine, La Rose et le Normand.

Sur le côté, deux femmes pleuraient, inclinées; c'étaient maman Nicolo et Bavette.

Mais (chose étrange!) seule, mame Toinon manquait. Son absence ne tarda pas à être remarquée. Maman Nicolo surtout, malgré sa douleur réelle, ne pouvait s'empêcher de regarder de temps en temps autour d'elle.

Bavette profitait naturellement de l'occasion pour faire de même.

—C'est bien singulier... murmuraient-elles après chaque vaine recherche.

Le baron de Chartille ne tarda pas à remarquer cette attitude, qui finit par l'intriguer au plus haut point. Une idée lui vint.

Il avait fait une enquête auprès du maréchal de Saxe, du marquis de Langevin, des Hommes Rouges. Cette enquête ne lui avait appris que la mort de Vilers, qui restait sans preuve matérielle. Il se dit que, peut-être, en interrogeant les petits, il obtiendrait de meilleurs résultats qu'en continuant à s'adresser aux grands.

—Après la cérémonie, pensa-t-il, je causerai avec ces femmes.

Le prêtre avait dit l'absoute. Les troupes se retiraient. Prenant congé de Maurice de Saxe et du colonel de Langevin, le baron se dirigea vers maman Nicolo.

Mais, en chemin, la conversation de deux hommes l'arrêta.