—C'est juste. A prix d'or, nous aurons peut-être de quoi nourrir nos deux chevaux. Mais le sien, arrivant une heure après, ne trouvera plus rien.

—Ou, du moins, il lui faudra attendre; car le baron a de l'or et ne le ménagera pas, et les paysans arriveront bien à lui donner ce qu'il lui faudra. Mais ils y mettront le temps...

—Et de ce temps nous saurons profiter.

Sur cette espérance Lacy et Maurevailles repartirent.

Leur calcul était aussi mauvais qu'il semblait bon.

Derrière eux, en effet, marchait un homme; non point le baron de Chartille, mais son fidèle Lapierre, son homme de confiance.

Lapierre était de la même trempe que son maître. Si les Hommes Rouges s'arrêtaient peu, lui, ne s'arrêtait pas du tout.

C'était un vieux soldat qui avait fait la guerre avec son maître sous le règne précédent et qui jugeait inutile de descendre de cheval pour manger. Avec sa gourde pleine et un pain de seigle sur son porte-manteau, il aurait galopé douze heures.

Quant à fatiguer le cheval, peu lui importait: il ne manquait pas de bidets à acheter chez les paysans.

Lapierre ne voulait pas rejoindre les deux gentilshommes, mais les dépasser. Aussi, tandis qu'ils suivaient la route ordinaire, prit-il les sentiers à travers champs et bois.