—Certes, dit M. de Chartille, je rends justice à ton habileté, mais un instant j'avais espéré...

—Espérez, monsieur le baron. Eh! eh! j'ai trouvé ces deux-là, le plus fort est fait. Il y a commencement à tout. Maintenant nous n'en avons plus, qu'un à chercher et nous sommes toute une bande!...

—Certes oui, s'écria Tony avec feu, ce que vous dit ce brave garçon est la vérité. Je vous le jure, monsieur, mort ou vivant, mais vivant comme moi, je l'espère, nous retrouverons le marquis!...

Et Tony, sur la demande du baron, se mit à lui raconter la miraculeuse façon dont il avait échappé à la mort. Il lui dit que M. de Vilers pouvait parfaitement avoir été sauvé de même. Son discours plein de feu changea en une véritable confiance l'espérance si douteuse du baron.

—Par ma foi, s'écria celui-ci, après que Tony eut parlé, je vous crois, jeune homme, et je vous crois tellement que je n'hésite pas à vous laisser ici continuer vos recherches avec l'aide intelligent que j'avais amené. Moi, je ne vaux rien pour ces sortes de choses et j'ai hâte de retourner à Paris, où je dois surveiller les deux ennemis de la marquise. Car, malgré mes précautions, je crains pour elle et pour sa soeur. Là-bas je serai plus utile qu'ici. Mais je ne vous abandonne pas pour cela. Cherchez, ne ménagez ni l'argent ni la peine. De loin ou de près, je suis à vous.

Le baron tendit la main à Tony, salua mame Toinon avec autant de politesse que s'il eût eu affaire à une duchesse, et jeta une bourse pleine de louis au nain.

Puis, appelant l'hôte, il lui commanda d'atteler son carrosse.

Insister pour faire changer d'avis un tel homme eût été perdre ses mots. Tony le laissa partir et ne s'occupa plus que de la mission dont il était chargé.

Aidé du nain, il commença les recherches; mais il s'aperçut bientôt qu'elles seraient longues et difficiles et il réfléchit à ce que sa propre situation, à lui Tony, avait d'anormal. Il était officier, il appartenait à l'armée, et il restait là inactif, loin de son régiment.

Tant qu'il avait été malade, mourant, on n'aurait eu rien à lui dire. Mais maintenant il était guéri, fort et bien portant. Il se devait à la France.