Là encore, il y avait gros à parier qu'elle échouerait. Les gardes de la porte de l'hôtel, les exempts groupés dans l'antichambre pouvaient prendre Réjane pour une coureuse de nuit ou pour une folle, et de leur propre autorité, la conduire au Fort-l'Évêque ou aux Madelonnettes.
Non. Il était écrit qu'elle arriverait jusqu'au lieutenant de police. Elle y arriva.
Par un heureux hasard, le garde de planton à la porte de l'hôtel de Marville était un garçon intelligent qui vit du premier coup d'oeil à qui il avait affaire.
Il comprit que quelque raison de la plus haute gravité pouvait seule amener cette jeune fille à pareille heure auprès du lieutenant de police. Il appela le chef de poste; et, sans être autrement interrogée, Réjane parvint jusqu'à l'antichambre de M. de Marville.
Là elle écrivit son nom, sur un papier qu'elle plia et qu'elle fit passer par un huissier.
En lisant ce nom, le lieutenant de police, stupéfait, donna ordre d'introduire immédiatement celle qui le portait.
Réjane entra.
—Que puis-je pour vous être agréable, mademoiselle? demanda M. de Marville en s'inclinant.
—Monsieur, dit Réjane avec assurance, je viens vous demander une immense faveur.
—Laquelle? Pariez sans crainte.