La bravoure coûte cher. L'un des Autrichiens eut honte de fuir, et, se retournant soudain, l'épée haute, s'élança sur le marquis qui, occupé à en tuer un autre, ne voyait point celui-ci.

Mais Tony l'avait vu, lui! Bondissant au-dessus des morts et des blessés, il accourut, trop tard, hélas! Quand il entra son épée dans la poitrine de l'Autrichien, ce dernier s'était vengé d'avance en frappant au défaut de l'épaule le marquis de Langevin...

—Ah, je suis perdu! fit le colonel en tombant dans les bras de Tony.

Si ardent qu'il fût pour la bataille, l'ancien protégé du marquis avait un nouveau devoir à remplir. M. de Langevin était en si grand danger de mort qu'il appartenait à Tony de le faire ramener au camp.

Il le prit d'abord dans ses bras jusqu'à la plus prochaine ambulance où les chirurgiens lui appliquèrent, en hochant la tête, un pansement qu'ils savaient inutile, puis, le plaçant sur une litière qu'il voulut soutenir lui-même du côté de la tête, aida ainsi à le transporter au camp.

Là on coucha le marquis de Langevin sur un lit improvisé avec des planches et des couvertures, les coussins de son carrosse de guerre lui servant de matelas. Mais le marquis, qui se sentait mourir, voulut que l'on mît à côté de lui son épée, ses épaulettes et son grand cordon rouge de Saint-Louis, afin d'avoir sous les yeux, au moment de rendre le dernier soupir, l'instrument et la récompense de sa vie de soldat.

Bien que la bataille continuât, un groupe d'officiers l'entourait, morne, désespéré.

—Je vous en prie, messieurs, fit le colonel en leur serrant les mains, allez à votre devoir.

Et, comme ces valeureux officiers obéissaient au dernier ordre de leur chef:

—Je vais mourir, dit le marquis à Tony d'une voix affaiblie. Reste, toi, mon fils. Moi aussi, j'ai un devoir suprême à remplir.... J'ai ma confession à te faire.