—Malheureuse enfant, d'où venez-vous? ou plutôt avec qui étiez-vous dans ce kiosque? car c'est de là que je viens de vous voir sortir, de ce kiosque où chaque soir un homme se rend pour vous trouver!...

—Grâce, au nom du ciel, ne me trahissez pas, ne me perdez pas, dit Réjane.

—Vous trahir, vous perdre, Réjane! Je viens au contraire pour vous sauver... de vous-même peut-être, pauvre enfant.

—Alors, laissez-moi rejoindre au plus vite ma soeur qui souffre et qui m'appelle.

—Votre soeur? C'est sur elle que je venais veiller: mais, Réjane, vous ne m'avez pas dit avec qui vous étiez dans ce kiosque tout à l'heure...

—Dans ce kiosque, j'étais... seule...

—Ne cherchez pas à me tromper... ce serait inutile... Votre voix dément ce que dit votre bouche... Je le sais, un homme vient ici chaque soir... un homme avec qui vous étiez enfermée... Réjane, quel est cet homme?

—Je ne puis le dire...

—Vous ne pouvez me le dire, à moi, dont vous connaissez le dévouement à votre famille, à moi qui donnerais mon sang pour vous et pour votre soeur... Réjane, ce secret est donc bien coupable, puisque vous ne pouvez le faire connaître?

La jeune fille baissa la tête sans répondre.