Réjane, s'enfuyant tout émue, était arrivée à l'hôtel juste au moment où l'enfant de Vilers naissait à la vie.
Effrayée de la poursuite dont elle venait d'être l'objet, terrifiée de la rencontre de Lacy qu'elle croyait son mortel ennemi et dont la présence dans le jardin, à pareille heure, justifiait les accusations de Maurevailles, elle ne songeait qu'à s'emparer de cet enfant pour le mettre en sûreté.
N'attendant pas la nourrice qui devait l'accompagner, elle profita du moment où tout le monde s'empressait autour d'Haydée; elle saisit le nouveau-né et s'enfuit avec lui.
Dans le jardin, le baron de Chartille, Tony et les gardes-françaises marchaient, l'épée nue d'une main, une torche flamboyante de l'autre. Réjane s'occupa surtout de les éviter, et, chargée de son précieux fardeau, elle put, en suivant les murs tout autour du parc, arriver sans encombre à la petite porte.
Ah, le coeur lui battait bien fort. Si Maurevailles n'avait pas eu le temps de se sauver? Si l'enfant au salut duquel elle se dévouait allait tomber entre les mains de son mortel ennemi?
Cependant il fallait se presser; les lueurs des torches se rapprochaient. Dans quelques minutes, le baron et ses amis allaient arriver près d'elle.
Elle se hasarda à frapper doucement à la petite porte.
Cette porte s'ouvrit à demi.
—Êtes-vous là? murmura faiblement Réjane.
—J'y suis, répondit une voix.