—Tony, dit-il, je vais mourir... Puisse ma mort suffire à expier celle que j'ai causée sans le vouloir tout à l'heure! Je ne regrette point la vie... j'ai assez vécu... Mais je regrette de ne pouvoir venger Réjane et punir le véritable auteur de sa mort... Cette mission, Tony, je te la confie, et pour cela... donne-moi mes tablettes, qui sont là... dans ma poche... Merci... Apportez une torche, je n'y vois plus... Soutenez-moi un peu...
Et, avec le stoïcisme dont il avait presque toujours fait preuve, le baron se mit à lire tout haut, en écrivant:
—«Je lègue à Tony, lieutenant aux gardes-françaises, toute ma fortune, pour en faire l'usage qu'il sait, ayant reçu mes volontés à ce sujet.
»Paris, ce 15 décembre 1746.
»ANTOINE, BARON DE CHARTILLE.»
—Et maintenant, dit-il, en tendant le papier à Tony, tu penseras aux braves amis... qui nous ont servis... là-bas; à tous... n'est-ce pas?... Tu n'oublieras pas le petit Goliath... Je lui ai promis... sa fortune...
En disant cela, le baron essaya de sourire, mais l'effort était au-dessus de ses forces, et ce fut avec une contraction nerveuse de la face qu'il râla:
—À boire... j'étouffe...
On s'empressa d'aller lui chercher un cordial. Un des laquais avait couru avertir un médecin. Mais avant son arrivée, le baron s'affaiblit de plus en plus, le docteur arriva, il secoua tristement la tête.
Le moribond surprit ce geste.