—Je l'élèverai noblement, je te le jure... je le ferai digne de toi... mais je veux l'élever, comme je t'ai élevé toi-même, et le garder jusqu'à l'âge où la vie commence... Je te le donnerai alors et je te promets que je m'y prendrai de façon qu'il nous estime et nous aime l'un et l'autre.
Tony hésitait. Le sacrifice de la jeune femme, perdant ainsi sa réputation, lui paraissait si grand qu'il n'osait le lui laisser accomplir. À la fin, vaincu par son air suppliant:
—Puisque tu le veux, dit-il, puisque tu en fais la condition de ton bonheur... soit, garde-le donc, cet enfant! Mais permets-moi toujours de me rappeler que je suis son père!
Et il se retira, pensif et morne.
—Allons, dit-il, puisque tout le monde le veut, je n'aurai donc plus qu'une maîtresse, qu'un amour: la France!... Jusqu'à ce que Bavette change d'idée... ne put-il s'empêcher de penser en retrouvant un sourire.
Et Goliath?
Attablé chaque jour, soit à la cantine des gardes-françaises, soit au cabaret de maman Nicolo, pour qui il a toujours conservé un faible, le petit homme, la bourse gonflée, paye à boire, non seulement à ses amis, Pivoine, La Rose et le Normand, mais encore à tous les autres gardes qui veulent bien l'honorer de leur amitié, et nous devons dire qu'ils sont nombreux.
Toutefois, le plus assidu de ses commensaux est sans contredit le sergent Pivoine, qui s'est épris d'une véritable amitié pour le nabot, auquel il a persuadé d'apprendre l'escrime, dans l'espérance que «cela le fera grandir».
Après chaque séance, ils vident bouteille sur bouteille, et Goliath dit à Pivoine:
—Buvons... Le vin éclaircit les idées. C'est par le vin que j'ai tout trouvé... Si le Maurevailles n'ose pas revenir en France, c'est parce qu'il me connaît trop bien. En buvant toujours, je trouverai un de ces soirs... le moyen de marier au plus tôt notre brave officier avec la fille de maman Nicolo, dont le vin est si bon.