Ces mots me firent éprouver un remords passager.

N'allais-je pas trahir mes camarades?

Mais j'avais une excuse: la comtesse Haydée ne les aimait pas: elle m'aimait!...

J'avais avec moi, au camp, un valet de chambre, Joseph, qui est encore à mon service et qui m'est dévoué jusqu'au fanatisme.

Joseph avait sellé mon cheval, placé ma valise à l'arçon et il m'accompagnait.

Une demi-heure après, j'étais de retour à Fraülen. Comme j'approchais des lignes de défense, j'avais placé mon mouchoir au bout de mon épée, m'annonçant ainsi comme un parlementaire. Les portes de Fraülen s'ouvrirent devant moi lorsque je montrai la lettre du marquis de Langevin pour le commandant de place.

Le major Bergheim me reçut sur-le-champ, ouvrit la lettre du marquis, la lut, la relut, et finit par me regarder en souriant.

—Je gage, me dit-il, que j'ai la moitié de votre secret.

Je tressaillis.

—Oh! si c'est ce que je crois, poursuivit-il, soyez persuadé que je n'y mettrai aucun obstacle, moi...