»Je me précipitai vers l’escalier intérieur qui conduisait à la plate-forme, et je descendis de toute la vitesse de mes jambes engourdies....
»J’arrivai trop tard... la barque venait de heurter le roc et s’était brisée.
»Un double cri de suprême angoisse m’annonça ce malheur, et je ne vis plus sur les flots qu’un débris d’aviron et l’homme qui luttait énergiquement contre la mort, nageant d’une main, tenant la femme de l’autre.
»La femme, à demi-évanouie, serrait son enfant sur son sein.
»Je m’élançais à la mer, je parvins à saisir la femme et je voulus dégager l’homme; l’homme était épuisé déjà, et tandis que je retournais au rivage, entraînant la mère et l’enfant, l’infortuné disparut en leur criant:—Adieu!
»Je déposai les deux infortunés sur le roc, je retournai à la mer, j’essayai de retrouver le naufragé, je sondai la profondeur de l’abîme, mon œil plongea sous les lames... Je ne vis plus rien!
»Tout à coup la foudre retentit, un éclair jaillit du ciel et me montra à cent brasses le malheureux qui, parvenu à remonter à la surface, se débattait dans les convulsions dernières de l’agonie.
»Il m’aperçut, fit un suprême effort, sortit la tête entière hors de l’eau et me cria:—Je suis le petit-fils de Guy de Penn-Oll, cette femme est la mienne, cet enfant est le mien!
»Et comme je n’avais plus qu’une brassée à faire pour atteindre cette tête, une lame passa dessus, et elle disparut pour toujours.
»Cet homme était mon neveu, le fils de mon frère, né dans l’exil, il avait voulu voir la terre de ses pères et mettre sa femme et son fils à l’abri des murs de Penn-Oll.