—Je n’ai plus de fils, murmura-t-elle.

—La Bretagne aura un duc! répondit le vieux Penn-Oll.

—Et vous serez duchesse-mère, ajouta l’Écossais avec un sourire triste et résigné.

Etrange prestige du nom! Ces quatre hommes ignoraient, deux heures auparavant, l’existence de cet enfant, et ils venaient de se le disputer comme on se dispute une maîtresse.

Le vieux Penn-Oll alla vers une fenêtre qu’il ouvrit..... L’orage avait fui, la foudre éteignait ses dernières lueurs à l’horizon lointain, un vent puissant, soufflant de terre, balayait les nuages dont les flancs vides ne recélaient plus la tempête; et déjà au levant, entre la terre toujours brumeuse et le ciel encore tourmenté, se dessinait une bande blanchâtre annonçant la prochaine apparition de l’aube.

—Messires mes fils, dit alors le vieillard, voici le jour, la mer s’apaise, il faut partir; le salut de l’enfant le veut!

Les quatre gentilshommes reprirent leurs manteaux et se levèrent.

Alors la veuve s’approcha du lit, éveilla l’enfant qui jeta un regard étonné sur tous ces hommes inconnus pour lui, et, le prenant dans ses bras, le serra longtemps sur son cœur, étouffant ces sanglots maternels, dont aucune voix, aucune plume ne rendront jamais les notes déchirantes. Puis, par un brusque geste, et comme si elle eût voulu rompre avec la douleur, elle le tendit à Gontran qui le reçut dans ses bras en s’inclinant, et dit:

—Je vous le rendrai vaillant, et il sera duc un jour.

—Que Dieu protége le fils, murmura-t-elle, puisqu’il brise le cœur de la mère.