—Frères, murmura-fil d’une voix douloureuse, l’amour est incurable quand il monte trop haut. Le mien est sur les marches d’un trône... Adieu!
Et il sauta dans la barque qui s’éloigna, l’emportant lui et son secret.
Les trois gentilshommes se mirent en selle et lancèrent leurs chevaux à la mer.
Quand ils eurent atteint la grève, ils suivirent le sentier par où ils étaient venus, puis ils s’arrêtèrent à l’embranchement des deux routes: celle du nord et celle du sud.
—Adieu, frère, dit Gontran, nous nous reverrons!
—Adieu, répondit don Paëz; moi aussi, j’ai un amour au cœur, mais cet amour est le frère de l’ambition, et il me mènera si loin, que je placerai notre duc sur le trône!
—Adieu, dit à son tour Gaëtano, j’ai aimé, moi aussi, mais mon amour est brisé, et je suis devenu philosophe.
—Et moi, fit Gontran, je n’ai jamais aimé, et je n’ai ni douleur, ni ambition, je suis insouciant et brave, et je ne désire pas l’épée du commandement dans une bataille, mais je me bats comme un fils de roi, et j’ai la tête légère et le bras lourd.
Maintenant, le hasard vient de fixer un but sérieux à ma vie; je marcherai droit et ferme vers ce but; j’élèverai cet enfant, désormais mon seul amour et ma seule espérance, j’en ferai un homme vaillant et fort!... Adieu! nous nous reverrons!
Et il quitta ses deux frères, qui continuèrent leur route vers le sud, et se séparèrent un peu plus loin. C’est lui que nous allons suivre.