Messire Gontran était un hardi compagnon, un insouciant gentilhomme, comme il l’avait dit lui-même. Et cependant, sa mère elle-même n’eût pas été plus attentive, plus minutieuse de soins que ce rude soldat ne le fut pour ce frêle enfant.
Son voyage dura six jours.
Le soir du sixième, il entra dans Paris par où il était contraint de passer, et il alla descendre à l’hôtellerie du Grand-Charlemagne, située en dessous du bac de Nesle, sur la rive gauche de la Seine, en face du Louvre.
Tandis que son cheval était aux mains des varlets et palefreniers, il entra dans la cuisine de l’hôtellerie qui en était le principal lieu de réunion.
Il y avait affluence de buveurs dans la salle, toutes les tables étaient occupées et chargées de flacons et de pots d’étain.
Mais ces buveurs avaient un air farouche et sombre qui ne ressemblait en rien aux faces épanouies et rubicondes de ces Génovéfains libertins et de ces ribauds, francs compagnons, qui garnissaient, à cette époque, tout cabaret respectable et bien achalandé.
A son entrée, l’un d’eux, qui paraissait avoir sur les autres une autorité mystérieuse, se leva et vint droit à Gontran:
—Êtes-vous catholique, seigneur gentilhomme? lui demanda-t-il à voix basse en attachant sur lui un regard inquisiteur et perçant.