Le laboratoire ne renfermait qu’une seule personne, un jeune Italien de vingt ans, ciseleur florentin, du nom d’Andréa Pisoni, et favori de Charles IX.

—Cachez le roi, lui cria Marguerite; cachez-le! Le ciseleur se leva tout effaré, cherchant du regard un coin ignoré où le roi se pût blottir; mais le roi n’en eut pas le loisir, car les assassins de Catherine, après avoir enfoncé les portes à mesure que Marguerite les fermait, apparurent de nouveau, et l’un d’eux, ajustant le roi, fit feu.

Plus prompt que l’éclair, Andréa Pisoni se jeta au-devant de lui, reçut la balle en pleine poitrine et tomba mort.

Soudain une voix tonnante se fit entendre; le roi Charles IX parut sur le seuil, ivre de fureur, l’épée à la main, criant:

—Mort aux huguenots!

Mais à peine eut-il vu le cadavre du jeune ciseleur qu’il aimait, gisant, pantelant encore, dans une mare de sang, qu’un éclair de ces fureurs terribles auxquelles il était sujet jaillit de ses yeux enflammés:

—Arrière, assassins! arrière! s’écria-t-il.

Et tandis qu’il se penchait frémissant vers le cadavre, tandis que les assassins reculaient épouvantés, la reine de Navarre prit de nouveau la main du Béarnais, le fit passer sur le corps des estafiers et lui fit redescendre avec elle cet escalier tournant et ténébreux, qui, heureusement, aboutissait à une poterne ouvrant sur la Seine, en dessous du parapet.

Marguerite avait la clé de cette poterne.

—Adieu, dit-elle au roi; fuyez!