—Messire, lui dit-il, vous êtes désormais ici en sûreté, et demain je vous escorterai où il vous plaira.

—Merci! dit le roi.

Et il s’assit, et de la croisée regarda, la sueur au front et l’angoisse au cœur, la flamme rouge qui s’élevait au-dessus des toits dans la direction de la rue Béthisy, et annonçait l’incendie de la maison de l’amiral.

Gontran, discret autant qu’il était brave, était revenu se placer au chevet du lit sur lequel le roi n’avait point jeté les yeux encore.

Il faisait nuit dans la chambre autant qu’au dehors; Gontran voyait à peine l’homme qu’il venait de sauver, mais il devinait qu’il était jeune, beau, de grande naissance, et il s’applaudissait de l’avoir arraché à la mort.

Le roi, lui, songeait vaguement au danger qu’il venait de courir, mais ce qui l’occupait, ce qui étreignait son cœur, et sa tête au point de l’isoler entièrement de son sauveur et des objets environnants, c’était ce massacre qui commençait et qu’il était impuissant à arrêter, comme il l’avait été à le prévenir.—C’étaient ses frères, ses sujets égorgés sans défense, son vieil ami l’amiral dont on brûlait la maison et dont on traînait par les rues le cadavre mutilé... C’était peut-être...

Le roi frissonna à cette pensée subite et, se retournant brusquement, vint à Gontran qui était toujours immobile et calme à son poste:

—Monsieur, lui dit-il, vous m’avez sauvé, merci! mais il faut que vous fassiez plus...

—Parlez, messire.

—J’ai une maîtresse...