—Peut-être ces mots, interrompit le premier cavalier: «Si vous voulez savoir votre nom, le nom de votre pays, et les grandes choses que vous réserve la destinée, prenez sur-le-champ la route de Bretagne, et trouvez-vous, le 17 du mois d’août, le douzième coup de minuit sonnant, à la porte de la tour de Penn-Oll.»

Le cavalier poussa un cri.

—Vous savez donc, dit-il, vous connaissez celui qui m’a écrit?

—Pas plus que vous. J’ai reçu une lettre semblable à la vôtre, et comme la vôtre je l’ai trouvée clouée à la porte de mon logis avec la dague que voilà.

—C’est étrange! murmura le cavalier. Ainsi, comme moi vous ignorez votre pays?

—Non, fit vivement le gentilhomme, je viens de le reconnaître. Mon pays, c’est la Bretagne. Cette mer que voilà, je m’en souviens maintenant, cette grève que nous foulons, je l’ai parcourue les pieds nus, les cheveux au vent...

Le cavalier qui venait de Lorraine, ainsi que l’avait fait naguère le Napolitain, arrêta court son cheval, lui tourna la tête vers l’Océan; examina les vagues moutonnantes, puis la falaise à pic, puis la grève déserte, puis la forêt sombre où le vent sanglotait;—il laissa une minute glisser la bride de sa main, porta cette main à son front, sembla lire dans son souvenir, interroger les échos lointains et les tableaux brumeux du passé, et enfin, il s’écria:

—Moi aussi! moi aussi, je te reconnais mer qui grondait dans ma tête, quand j’essayais de me rappeler les jours éteints, je vous reconnais bien aussi falaise escarpée, grève rocailleuse, forêt chevelue, vent impétueux qui en courbe les cimes!

—Vous aussi! fit le Napolitain... Oh! c’est plus qu’étrange!

—Ecoutez, continua l’écuyer du duc de Mayenne, je commence à me rappeler la demeure paternelle: c’était un vieux château, un château qui tombaient en ruines... l’Océan l’entourait...