—Qui me pressait? Oh! tu le devines, n’est-ce pas? Huit jours loin d’elle, huit jours sans la voir! huit jours de transes mortelles, d’angoisses sans trêve, de souffrances sans nom!

—Tu l’aimes donc bien?

Le gentilhomme posa la main sur son cœur:

—Assez pour en mourir, dit-il sourdement.

—Et tu en mourras, mon ami, murmura tristement le jeune garde: l’amour d’un soldat pour une reine est chose qui tue!

—Je le sais.

Le gentilhomme prononça ces mots avec un accent de simplicité terrible et de vérité telle, que le jeune homme en tressaillit profondément et se tut.

Puis il reprit avec feu:

—Je sais bien que mon amour est chose insensée, et qu’entre elle et moi aucune puissance humaine ne comblera jamais l’abîme... je l’aime sans espoir, mais tel qu’il est, cet amour m’est cher... Nul ne le sait hormis moi, nul peut-être ne le saura. Elle ne l’apprendra jamais... mais je sais que j’ai une mission auprès d’elle, mission obscure, muette, que les événements peuvent rendre éclatante... Autour d’elle se pressent des ennemis dangereux: les uns veulent la déshonorer, les autres la dépouiller; tous veulent lui arracher un pouvoir qui leur fait ombrage... je suis là.

Et comme le jeune garde se taisait toujours, le gentilhomme reprit après une seconde de silence et de pénibles réflexions: