—Je sais bien que je ne suis qu’un soldat obscur, inconnu, sans autre fortune que l’espérance, sans autre puissance que mon épée..... Mais elle est lourde, va! et malheur à qui touchera à ma reine, malheur à qui me voudra briser mon idole!

—Tu te trompes, ami, dit le jeune garde, quand tu dis ne posséder ni or ni fortune. Mon or est à toi, mon épée aussi.

—Merci!

—Tu as quelques années de plus que moi, tu m’as presque servi de père dans cette maison où mon père te recueillit et d’où la mort l’arracha trop tôt. Un père est le maître chez son enfant, il dispose de lui, de sa bourse, de sa vie, de son intelligence, de son dévouement: prends, ami; tu es mon père, tout est à toi.

—Tu es noble et bon comme ton père, enfant, Dieu te vienne en aide! mais ce n’est point de l’or qu’il me faut pour veiller sur elle, ce ne sont pas des dignités et de riches habits. Plus je serai obscur, plus ma tâche sera facile.

Il y a un homme ici, un homme qui porte un noble nom et qui est aussi riche, aussi puissant, aussi redouté que je suis pauvre, faible et peu craint de tous. Cet homme cache un cœur vil, une âme criminelle, sous son pourpoint de gentilhomme; cet homme ne recule ni devant le poignard, ni devant le poison, ni devant cette arme terrible qu’on nomme la calomnie..... Cet homme..... regarde-le bien, Henry...

—Où est-il?

—Vois-tu, là-bas, ce groupe composé de trois seigneurs?

—Oui, Maitland, Huntley..... Bothwell...

—C’est lui.