—Frère, murmura-t-il, tu viens de prononcer un mot terrible: l’amour vaut mieux, sans doute!
—Bah! dit Gaëtano, il n’y a qu’une passion réelle en ce monde.
—Quelle est-elle?
—Un vieux flacon vidé auprès d’une beauté qu’on n’aime pas. Quand on n’aime aucune femme, on les aime toutes.
—Gaëtano, murmura don Paëz, toi seul seras heureux!
—Parbleu! répondit l’Italien, une seule chose suffit pour cela;—la foi! J’ai la foi grande quand mon escarcelle est pleine, moindre quand elle est maigre; sans limites quand elle est vide. Je suis lazzarone, frères; grand seigneur aux heures d’opulence, poète et philosophe quand viennent les mauvais jours. Seule, la médiocrité m’étouffe, car si je n’ai plus d’or pour être galant gentilhomme, j’en ai trop encore pour improviser des vers et méditer sur le néant des vanités humaines.
En route, messeigneurs; ce ciel brumeux, ces montagnes, ces paysans à mine farouche, ne valent pas le ciel de Naples la belle, son golfe bleu, ses lauriers roses, et son Vésuve, dont le front flamboye éternellement.
Hector se tourna vers ces montagnes et ce ciel insultés par Gaëtano, et leur dit avec émotion:
—Vous avez abrité ma jeunesse, vous avez été hospitaliers pour moi, je vous remercie et vous regretterai toujours.
Puis Henry vint et murmura: