—Fou! dit l’Espagnol en lui arrachant l’épée. Rien n’est perdu encore!
—Mon Dieu! s’écria Hector, donnez-moi une heure de liberté, mettez-moi un glaive au poing, permettez que je fouille la poitrine de cet homme pour en arracher son cœur, et puis laissez-moi subir le dernier des supplices, la roue ou la potence, que m’importe!
Et comme don Paëz se taisait, il reprit avec exaltation:
—Mais l’Écosse est donc un pays de félons et de traîtres, un royaume sans sujets, sans noblesse? Les grands feudataires de la couronne sont donc vendus à l’infâme, qu’ils n’élèvent la voix et ne tirent l’épée pour empêcher un tel attentat?
—La noblesse ignore tout encore. Le mariage de la reine d’Écosse avec lord Bothwell sera le résultat d’un complot.
—Et... ce complot?... demanda Hector, dont la voix tremblait de fureur.
—Je le connais, nous le connaissons tous trois.
—Mon Dieu! mon Dieu! tu me fais mourir, parle donc!
Don Paëz fit asseoir son frère sur la paille de son grabat, et le priant d’un signe de ne point l’interrompre:
—Écoute, dit-il: Nous sommes arrivés hier soir à Dunbar. Il était presque nuit quand nous avons aperçu dans le lointain les flèches des tourelles et le beffroi de la vieille forteresse. Il était trop tard pour que nous pussions prendre les mesures nécessaires à ta délivrance et savoir où tu étais enfermé, il ne l’était point assez pour oser entrer dans la ville. Une forêt était au bord de la route, nous nous sommes enfoncés dans la forêt; un filet de fumée tremblottait au dessus des arbres, indiquant une hutte de bûcherons,—nous avons gagné cette hutte et demandé l’hospitalité pour la nuit: