—Je ne crois pas, dit-il; il est peu probable, il est même impossible que Bothwell ait déjà exécuté son plan... Son plan... peut-être n’en a-t-il pas encore? La reine est rentrée à Glascow ce matin seulement. Elle sera fatiguée, elle ne sortira point aujourd’hui.

—Puisses-tu dire vrai! s’écria Hector.

Don Paëz retourna sous la meurtrière. Le jour baissait; le rayon lumineux qui tombait d’aplomb sur la paille du cachot s’affaiblissait graduellement.

—Patience! dit-il, la nuit vient.

La nuit vint en effet, quoique bien lentement au gré des vœux d’Hector.

Le rayon s’éteignit, l’obscurité descendit, opaque, dans la prison.

Alors les deux frères se prirent à écouter la grande voix de la mer qui rugissait sur leurs têtes; ils écoutèrent, anxieux, espérant à chaque minute entendre un cri, un lambeau de chanson, une voix quelconque qui leur révélât la présence de la barque libératrice sous les créneaux de la forteresse...

Mais rien ne leur arriva, rien que les colères saccadées ou les plaintes monotones du flot déferlant sur le roc, rien que les flocons d’écume jaillissant par la meurtrière et glaçant leurs chevelures ruisselantes. Don Paëz commençait à s’impatienter, il trouvait que l’heure marchait trop vite, que la nuit abrégeait son cours avec une rapidité désespérante.

Quant à Hector, il semblait que la prostration qui le dominait entièrement naguère, s’était de nouveau emparée de lui.

Il était là, muet, immobile, son front dans ses mains, les yeux fermés, semblant achever quelque rêve confus et brumeux, évoquer quelque lointain souvenir à demi effacé déjà.