—C’est là ce que je ne comprends pas bien.

—Attends donc. On avait aperçu notre barque du haut des remparts; l’éveil donné, il était plus que certain qu’une surveillance active serait exercée toute la nuit. Alors nous laissant aller à la dérive, nous avons disparu derrière un môle, jeté l’ancre dans une crique déserte, abandonné la barque et gagné la forêt où étaient demeurés nos chevaux. A la nuit tombante, nous avons fait notre entrée dans les murs du château, comme des voyageurs harassés qui viennent de loin. Alors encore, je suis allé seul trouver Bothwell et lui ai dit:

—Je suis soldat aux gardes et je reviens de congé; j’ai appris quel forfait avait enlevé à l’Écosse le meilleur des rois et j’ai soif de vengeance.

Et comme Bothwell ouvrait de grands yeux, j’ai ajouté: Mon père, que Dieu fasse paix à son âme! était attaché à la maison de Lenox, il était l’ami, presque le père du roi.

—Eh bien? m’a demandé Bothwell.

—Milord, ai-je répondu, j’ai, pour le meurtrier du roi, une haine si violente, que je voudrais lui pouvoir planter ma dague dans la gorge.

—Cela ne se peut, il mourra de la main du bourreau.

—Hélas! milord, je le sais; mais, au moins, vous ne me refuserez pas une grâce?—Ma compagnie fait le service du château; deux gardes escorteront le condamné au supplice; je demande à être l’un de ces deux gardes, et à son heure dernière,—puisse cette heure sonner bientôt!—je veux cracher à la face du régicide et le souffleter de ma main gantée!

Bothwell me regarda: j’avais imprimé à ma physionomie une expression de colère et de haine dont il fut frappé.

—Il en sera comme vous le désirez, me dit-il.