—Parce qu’ainsi il connaîtra la route en te portant l’anneau que tu me confies, bien plus rapidement et surtout plus sûrement qu’un cavalier.

—Tu as raison, fit don Paëz, les chiens valent mieux que les hommes; leur fidélité est à l’abri de l’or... et de l’ambition. Je choisis le lévrier.

Mary se mit à sangloter en voyant partir Hector.

—Ce sera comme mon fils Henry, murmura-t-elle, ils me l’ont tué... et pourtant il devait revenir.

—Je reviendrai, mère nourrice, murmura Hector avec émotion... je reviendrai...

Et comme un pressentiment funeste venait l’assaillir, il poussa son cheval en avant et s’engagea le premier dans le sentier abrupt qui conduisait vers les plaines.

Les deux frères coururent côte à côte pendant deux heures; puis, arrivés aux portes d’un misérable village bâti sur la hauteur, ils s’arrêtèrent un moment.

La route se bifurquait. D’un côté elle remontait vers le nord et gagnait l’Escurial; de l’autre, elle descendait au midi et courait en longs détours vers les fertiles vallées de ce paradis de l’Espagne qu’on nomme le royaume de Grenade.

Hector fit un signe au lévrier, et l’animal docile se plaça devant le cheval de don Paëz.

—Frère, dit alors celui-ci en pressant une dernière fois Hector dans ses bras:—quand dans les corridors de l’Escurial ou de Madrid, tu rencontreras seule une belle et charmante fille, blanche comme du lait d’Écosse, avec de grands yeux noirs comme la plume de ton feutre, une femme comme en rêvent les poètes arabes,—si nul ne t’entend, si nul le voit, approche-toi et dis-lui bien bas: