—L’aimez-vous toujours?
—Enfin! dit Hector tressaillant soudain, tu aimes, frère Paëz, ton cœur de marbre s’est ouvert?
Un sourire glacé passa sur les lèvres de don Paëz.
—Fou! dit-il, est-ce que je puis aimer, moi?
Et don Paëz prononçait ce blasphème sous un étincelant rayon de soleil levant, au penchant d’une colline embaumée, dont chaque arbre fleuri était un orchestre, où, musiciens du roi des cieux, les oiseaux chantaient un hymne d’amour; devant une fontaine ombragée d’un sycomore et sous les rameaux duquel deux jeunes filles du village s’étaient assises, les bras arrondis sur leur alcaraza, pour deviser tout bas de deux beaux muletiers qui reviendraient le lendemain des plaines d’Andalousie avec des tissus mauresques, des étoffes et quelques-uns de ces romanceros aux sons desquels les mules marchent gravement et cadencent leurs pas.
—Impie! murmura Hector, tu ne l’aimes pas, et cependant...
Hector hésita.
—Cependant? demanda don Paëz.
—Et cependant, tu veux savoir si elle t’aime toujours...
—Oui, fit don Paëz; mais sais-tu quel nom elle porte?