Il se pencha sur le cou de son cheval, et effleurant de ses lèvres l’oreille d’Hector:

—Elle se nomme dona Juanita, infante d’Espagne.

—Imprudent! fit Hector qui tressaillit.

—Bah! répondit don Paëz, l’audace est le talisman des ambitieux; oser, c’est pouvoir!

Et il fit de la main un geste d’adieu à son frère, siffla le lévrier et lança son cheval au galop sur la route de Grenade, dont les cailloux grincèrent et jetèrent des myriades d’étincelles.

Don Paëz courut toute la journée sous ce soleil ardent de l’Espagne qui terrasse les plus énergiques natures et les accable de son poids.

La sueur ruisselait de son front, son cheval était mourant de fatigue,—mais l’orgueilleux don Paëz avait hâte d’arriver et de se convaincre, en présence de ce faubourg mesquin qu’on avait décoré pour lui du nom de gouvernement, de l’étendue de sa disgrâce pour la regarder en face et la dominer.

Don Paëz n’était pas un de ces cœurs pusillanimes qui fuient le malheur ou le danger; il allait au contraire au-devant d’eux, et les mesurait avec un calme superbe.

Vers le soir, cependant, après une halte de quelques minutes à une posada, dans laquelle lui et son Maure changèrent de chevaux et où ils prirent un frugal repas,—don Paëz modéra son allure et se mit à réfléchir.

Quand don Paëz réfléchissait, il laissait volontiers flotter la bride sur le cou de son cheval et parfois même lui permettait d’arracher un rameau vert aux arbres de la route ou de brouter une touffe d’herbes.