Don Paëz éclata de rire:
—Je ne sache pas, dit-il qu’il y en ait deux.
—Pardon, répliqua celui qui avait pris la parole le premier, il y a le roi de Castille, de Navarre et d’Aragon qui se nomme Philippe II...
—Et l’autre?
—L’autre est le roi de Grenade.
—Boabdil, peut-être, ricana don Paëz; et vous êtes sans doute les fantômes des Abencerrages, qui furent décapités dans la fameuse cour des Lions, au palais de l’Alhambra, et dont les têtes sanglantes roulèrent dans le bassin de marbre?
—Nous sommes des êtres vivants, et non point des fantômes, sire cavalier, et le roi de Grenade auquel nous obéissons a été proclamé cette nuit même à dix lieues d’ici, dans les Alpunares.
—Ah! ah! fit don Paëz qui tressaillit, et comment se nomme-t-il, ce roi-là?
—Aben-Humeya; il est le dernier des Abencerrages.
—C’est-à-dire qu’hier encore il avait nom don Fernand de Valer?