—Eh bien! fit don Paëz avec calme, moi, don Paëz, colonel général des gardes du roi Philippe II, je vous somme de me livrer passage.
—Don Paëz! murmurèrent les pâtres en se regardant, celui qui a défendu le Maure?... Il peut passer. Passez, seigneur don Paëz, et que le prophète, que vous niez, vous prenne en pitié et vous garde!
—Voici des gens courtois, fit don Paëz. Et il passa.
A une lieue plus loin, une nouvelle troupe l’arrêta. Il se nomma et passa encore.
—Morbleu! pensa le colonel des gardes, ces braves gens sont bien reconnaissants pour quelques mots qui me sont échappés avant-hier et qui leur sont arrivés je ne sais comment; ils semblent se croire obligés de me laisser aller prendre possession des canons que je pointerai sur eux à la première occasion favorable.
Il était tard, don Paëz mourait de faim, aucune habitation ne se trouvait sur la route.
—Pardieu! s’écria-t-il, j’aimerais mieux qu’ils m’arrêtassent. Au moins, j’aurais un lit et un souper.
Don Paëz achevait à peine cette réflexion faite à haute voix, qu’un homme se dressa lentement d’une touffe de grenadiers et lui dit:
—Si le seigneur don Paëz veut passer avec moi jusqu’au château de Madame, il y trouvera une excellente hospitalité.