—Qu’est-ce que Madame? demanda don Paëz, tremblant au souvenir de la gitana à laquelle les Bohémiens donnaient ce nom.
—C’est une princesse, répondit l’inconnu.
Une princesse! pensa don Paëz, ce ne peut être ma gitana; à moins cependant que ce ne soit une princesse de la Bohême, une reine des fous habitant un château en ruines et ayant pour sujets des vagabonds et des voleurs! Voyons toujours. Pour l’heure présente, je ne désire qu’une seule chose, un souper; et après ce souper, je n’aurai d’autre souhait qu’un bon lit et des rêves agréables, de ceux que je fais tout éveillé, et qui ne se réalisent encore que dans le sommeil.
Après ce monologue, don Paëz talonna sa monture essoufflée et suivit son guide inconnu.
C’était un beau garçon, autant qu’en put juger le colonel des gardes à la faible lueur de ce dernier crépuscule qui se prolonge assez avant dans la nuit et qui n’est que la réverbération de la terre encore brûlante, à cette heure, dans les chaudes contrées.
Le guide marchait d’un pas alerte, le poing sur la hanche, une main sur un vieux cimeterre de forme mauresque. Il portait la braye large et le turban vert et blanc des anciens maîtres du pays, et son visage olivâtre seyait à ravir à ce costume oriental.
A une centaine de pas du lieu où il s’était montré à don Paëz, il abandonna le creux de la vallée, et prit sur la gauche un sentier qui grimpait en rampes inégales au flanc ardu de la montagne.
—Diable! murmura don Paëz, mon souper serait-il bien loin?
—N’ayez crainte, seigneur don Paëz, répondit le Maure; nous n’avons plus qu’une demi-lieue à faire.
—Comment savez-vous mon nom?