—Cependant il me semble que si don Fernand se plaçait à la droite de l’infante au lieu de se placer à sa gauche, il n’y aurait là aucun motif de querelle?

—C’est ce que nous verrons, murmura don Paëz. A cheval, monsieur!

Le capitaine sortit, don Paëz demeura seul.

—Toujours ce Fernand de Valer, murmura-t-il avec colère, toujours lui! Il est beau, il est riche et nul ne sait le nombre de ses trésors; il a, comme moi, la parole hardie, le geste hautain, comme moi il pourrait lui plaire... Et je ne le tuerais pas.

Un bruit confus retentit alors dans les cours intérieures; don Paëz ouvrit une croisée qui faisait face au balcon où naguères il était appuyé, se pencha et vit la compagnie des gendarmes, arrivés de l’Escurial quelques minutes auparavant, se mettre en bataille sur deux rangs avec une admirable précision, aux ordres de son chef.

Ce chef était un beau jeune homme, aux cheveux bouclés naturellement, à l’œil profond et mélancolique, à la lèvre sérieuse, au sourire charmant et grave.

Moins grand que don Paëz, sa taille avait les molles ondulations du tigre, son geste était gracieux et souple, et il maniait un étalon grenadin avec la fantastique habileté des anciens chevaliers maures.

—Sang-Dieu! exclama don Paëz avec fureur, déjà les gendarmes et pas encore les gardes! Où sont les gardes? Il mit la main à son épée et s’élança à travers escaliers et corridors jusqu’à la cour d’honneur.

Les gardes y arrivaient à leur tour, mais trop tard pour se pouvoir ranger avant que l’infante parût.

—Mon cheval! exclama le colonel hors de lui.