On lui amena le bel Achmed; mais il était à peine en selle, qu’il vit don Fernand de Valer mettre pied à terre, s’avancer vers le perron en haut duquel l’infante venait d’apparaître entre la camarera-mayor et la duchesse de Medina-Cœli, sa femme d’honneur, et lui offrir son poing, selon la mode du temps.

Don Paëz rugit et déchira de fureur la dentelle de sa manchette.

L’infante remercia don Fernand d’un sourire, et se laissa conduire jusqu’à sa litière.

Don Paëz s’avança alors et voulut se placer à la portière de droite; mais don Fernand le prévint et lui dit avec une courtoisie exquise:

—Pardon, monsieur; mais puisque je viens d’être le cavalier de la princesse, vous ne me refuserez pas ce poste...

La voix de don Fernand de Valer était harmonieuse, caressante, pleine de persuasion...

Don Paëz sentit sa colère se heurter vainement à cette politesse railleuse, sans qu’une étincelle en pût jaillir...

Il se mordit les lèvres avec désespoir, s’inclina sans mot dire, et alla se placer à la portière de gauche.

Le cortége s’ébranla aussitôt, traversa lentement les rues de Madrid et se déroula peu après sur cette route poudreuse, longue de six lieues, qui sépare la capitale des Espagnes du palais de l’Escurial.

L’infante était seule dans sa litière, les deux dames qui l’accompagnaient en occupaient une autre, suivant à quelque distance.