L’infante était une gracieuse enfant de dix-huit ans, un peu pâle, mais rieuse et mutine, avec un grain de mélancolie. Elle s’était renversée sur les coussins de sa litière, et, les yeux demi-clos, elle rêvait, ne paraissant prendre nulle garde aux deux gentilshommes qui chevauchaient à ses portières, mais leur jetant alternativement, et plus souvent encore à don Paëz, de rapides et furtifs coups d’œil qu’ils n’avaient point le temps de surprendre.
Ils la regardaient cependant tous deux, mais, chaque fois, leurs yeux se rencontraient, et, de ce regard, semblait jaillir une étincelle...
Don Paëz ne pouvait plonger son œil ardent dans la litière sans se heurter à l’œil profond et calme de don Fernand, dont la portière opposée encadrait la tête mélancolique...
Et quand, à son tour, don Fernand se prenait à considérer l’infante qui sommeillait à demi, il sentait arrêté sur lui l’œil hautain de don Paëz qui le défiait.
Au bout de trois heures de marche, le cortége atteignit un bouquet d’oliviers et de grenadiers, et l’infante témoigna le désir de faire une halte.
Elle descendit même de la litière, prit le bras de la camérera-mayor, et se perdit, sautillante et presque joyeuse, dans les massifs, tandis que sur un ordre de leurs chefs, les gardes et les gendarmes mettaient pied à terre un moment.
L’infante avait oublié dans la litière son éventail et son mouchoir.
Don Paëz s’en souvint et y courut. Don Fernand l’avait devancé et tenait déjà les deux objets.
Cette fois, don Paëz se plaça fièrement devant lui et lui dit:
—Voudriez-vous, monsieur, me céder cet éventail?