—Je ne sais trop, murmura le Maure, qui devint sombre tout à coup.

Les chevaux s’arrêtèrent, hennissant à la grille.

La grille s’ouvrit, don Paëz entra.

Une douzaine de Maures, portant, non plus les haillons des pâtres, mais de splendides costumes nationaux, attendaient dans la petite cour ombragée sur laquelle ouvrait le blanc péristyle du château, et qu’arrosait une fontaine jaillissant des lèvres d’un triton.

Ils entourèrent don Paëz avec force marques de respect et lui dirent:

—Seigneur don Paëz, votre souper est servi depuis dix minutes. Voulez-vous nous suivre à la salle à manger?

Les uns s’emparèrent de son cheval pour le conduire à l’écurie, les autres, portant des torches, le précédèrent et lui firent gravir un grand escalier de marbre jaune à chaque repos duquel de vastes corbeilles de fleurs et des orangers, tout entiers poussés dans des caisses, jetaient d’enivrants et tièdes parfums.

Le cavalier était émerveillé et croyait faire un rêve.

Jamais, en lisant les romans de chevalerie des conteurs arabes ou espagnols de l’époque, il n’avait vu description de fée qui approchât de cette réalité.

Ses guides lui firent traverser plusieurs galeries, décorées avec ce luxe coquet quoique lourd des palais arabes, puis ils l’introduisirent dans une dernière salle entièrement meublée à l’espagnole, où la table était dressée.