Une exquise courtoisie de la fée du logis avait dicté sans doute ce changement de décoration et d’ameublement. Elle n’avait point voulu assujettir aux coutumes orientales un homme qui n’en avait point l’usage.
Les tentures étaient des tapisseries de haute lice, les siéges sculptés étaient garnis en cuir de Cordoue cloué d’or; quelques tableaux de prix de l’école italienne, alors dans toute sa splendeur, et de l’école espagnole, presque à son aurore, ornaient les murs; une horloge, des premières inventées, faisait entendre en un coin son uniforme et monotone respiration.
Le génie arabe ne s’était réservé qu’une chose dans cette salle toute castillane—un jet d’eau placé au milieu, et des fleurs, des corbeilles de fruits semés çà et là à profusion.
Don Paëz s’attendait à trouver enfin son hôtesse dans ce dernier salon;—mais il n’aperçut que son Maure Juan, qu’on avait conduit par un escalier dérobé, et qui, derrière le fauteuil réservé à son maître, se tenait prêt à le servir à table.
Ce qui étonna plus encore don Paëz, c’est qu’un seul couvert était mis.
La table était servie cependant avec une somptueuse prodigalité et les mets qui fumaient et répandaient leurs parfums délicats à l’entour, étaient en assez grand nombre pour satisfaire l’appétit d’une douzaine de gardes du roi affamés par une journée de chasse.
Les vins exquis de Malvoisie, de Xérès et de Malaga, le Lachryma-Christi et autres crus merveilleux miroitaient et étincelaient à la clarté des bougies dans des flacons de cristal aux arabesques d’or.
Don Paëz se tourna vers ses conducteurs:
—Souperai-je donc seul? demanda-t-il.