Une femme éblouissante de pierreries, portant des vêtements de soie et d’or, sous lesquels sa peau transparente et veinée avait la blancheur et l’éclat d’un marbre antique; une femme aussi belle que la peut rêver un poète du désert, plus belle que cet idéal des peintres, qui n’est que matière et couleur et à qui manque l’expression;—une femme auprès de laquelle auraient pâli toutes les infantes de toutes les Espagnes, les Allemandes les plus vaporeuses, les plus fraîches filles de France et la reine de Navarre elle-même, entra d’un pas lent et grave et s’approcha de don Paëz qui frémissait et tremblait sur son siége comme une feuille qui tournoie au souffle du vent.

—Bonjour, seigneur don Paëz, lui dit elle, je vous attendais...

Jusque-là le cavalier avait cru faire un songe; jusque-là il n’avait pu se convaincre que cette créature sublime qui portait dans ses cheveux plus de diamants que le roi d’Espagne n’en avait dans ses coffres, fût cette gitana, vêtue d’oripeaux, qu’il avait entrevue l’avant-veille.

Mais c’était le même son de voix, et au tressaillement inexprimable qu’elle lui fit éprouver en l’effleurant de sa main, don Paëz ne douta plus et s’écria:

—La gitana! la gitana ici?

—Tu vois bien, don Paëz, fit-elle avec une douceur fascinatrice, que je ne suis point une gitana ordinaire, car ce palais, ces serviteurs, cet or, ces diamants sont à moi...

Don Paëz était muet et pâle et attachait sur elle un regard éperdu.

—Je suis une princesse maure, don Paëz, reprit-elle; une fille des anciens rois, qui haïssait l’Espagne, et qui, ne sachant plus comment nuire à ses oppresseurs, s’était faite chef de bandits pour dépouiller le plus d’Espagnols qui tomberaient en son pouvoir...

Don Paëz fit un geste de dégoût.

—Oh! reprit-elle, rien de ce que tu vois ici, don Paëz, n’est le fruit de nos rapines. Notre butin servait à acheter et à fabriquer des armes pour nous venger. Tout ce luxe qui t’environne, tout ce qui brille à tes yeux provient des trésors de mes ancêtres, et tu n’en vois qu’une faible partie.—Tiens, don Paëz, viens voir si en détroussant des hidalgos ruinés et des courtisans endettés, si même en pillant les gabelles du roi on pourrait ramasser en vingt ans la moitié de mes richesses.